Mon autre

People 1

Mon autre est là, il me regarde silencieusement et je le surveille avec crainte. Nous ne nous connaissons pas. Nous ne nous parlons pas. Nous ne nous voyons même pas. Il n’est qu’une ombre aux milles formes, un nuage qui plane très haut, très loin.

Je t’ai mis à distance. Nous avons divorcé avant de nous aimer. C’est bien mieux ainsi, disent-ils.

Cet autre que nous redoutons, que nous diabolisons, que nous interrogeons sans cesse, sans jamais obtenir de réponse.

Oui mais vous comprenez, l’autre ne nous aime pas. L’autre voudrait nous rayer de la carte ou nous parquer dans des camps. L’autre nous menace, nous surveille, nous hait et nous maudit. L’autre construit des murs ou se fait sauter dans des bus, l’autre bombarde nos maisons ou exécute nos enfants. Toujours de sang froid car l’autre est abject.

Cette étrangère qu’écrivait Darwich, qui se devine à peine. Elle nous est si lointaine. Ces mêmes Étranges étrangers de Prévert. Ceux que nous croisons quotidiennement sans les voir.

Qui a dit qu’il était besoin de connaître l’autre ? Il n’est que l’Autre, réplique parfaite de son Autre à lui.

C’est un jeu de miroirs où tous se croisent sans jamais se toucher ou se parler. Ils discutent par reflets interposés, par images manipulées et glissantes.

Hey toi, si tu es mon autre, sors de ta galerie. Touchons-nous. Ne nous embrassons pas, pas encore. Mais regardons-nous pour qu’ensemble nous sculptions cette altérité. Ne sois plus étranger, toi l’étranger. Casse la barrière, je sauterai le mur.

L’espace d’un instant, tu te raconteras et je me dévoilerai.

Publicités