Passe ton permis d’abord !

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En parisienne exemplaire, je ne m'étais jamais souciée de conduire. Métro, bus et taxi étaient mes crédos.

Arrivée en Israël, j'ai commencé à mesurer la bizarrerie de ne pas conduire à presque trente ans. Le seul israélien que j'ai connu dans cette situation s'était en réalité vu retirer son permis après avoir écrasé une vieille dame de 90 ans. Très gênée par cette révélation, la seule réponse qui m'était alors venue à l'esprit ce jour là avait été de lui dire que de toute façon elle était déjà très vieille…

Mais tout le monde n'a pas à son actif de telles mésaventures et quand ils apprennent que tu ne conduis pas, les gens t'interrogent toujours deux fois pour être sûr d'avoir bien entendu. Puis, quand tu leur répètes que non, "I don't have my driving license, ein li od richayon nehiga bentaïm, no, no, no, ein, eiiiiinnnnnnn&quot;, ils te regardent très bizarrement et se demandent de façon assez peu discrète si tu es normale. À quoi tu réponds machinalement qu'à Paris on n'a pas besoin de son permis. Paris est magique, Paris est un monde à part. Caha, nekouda.

Ceci étant dit et Israël n'étant pas Paris, j'ai dû me rendre à l'évidence. J'ai beau appartenir avec fierté au groupe ViP sur Facebook " J'ai pas mon permis et je t'emmerde", passer le cap des trente ans sans conduire n’est jamais bon signe.

Et c'est là que mes ennuis ont commencé.

Un jour de semaine, je me rends dans un auto école près de chez moi. À l'aveuglette, comme toujours. Car les démarches administratives en Israel pour les nouveaux immigrants, c'est comme commander une salade au restaurant. Tu mets trois heures à comprendre ce que chacune contient, une heure à vérifier avec le serveur, deux heures à réfléchir puis tu en as marre et tu finis par choisir au hasard en une minute chrono.

L'auto-école à été une salade surprise pour moi. Mais j'ai fait confiance aux jolis bureaux et aux moelleux des fauteuils. Mal m'en a pris. C'était il y a un an déjà et mon permis, je ne l'ai toujours pas….

La demoiselle présente le jour de mon inscription parle avec un accent russe très prononcé et bien que toujours prête à améliorer l'hébreu sous toutes ses déclinaisons, il y a des moments où comprendre ce que je signe et je paie m'importe.

Après une heure de négociation ponctuée de spaciba et de davaï avec ladite demoiselle, je fais comme avec les salades et je finis par signer sans trop savoir quel en est le contenu des petites clauses du bas du contrat. Elle m'affirme cependant que j'aurai des cours de théorie en français avec un livre qu'elle commandera spécialement pour moi, l'examen gratuit et un super prof. C'est l'essentiel me dis-je.

Trois semaines plus tard, n'ayant toujours pas de nouvelles de mon livre, je téléphone. Une autre demoiselle répond, et…pas de livre. Ce dernier n'existerait pas. Inutile de préciser que j'aurais aimé être au courant avant de signer un papier à 1400 euros. Je râle car c'est la coutume ici. D'abord on te dit non, ensuite tu râles et on finit par te dire oui. Cela s'appelle la " règle des trois" : Non, Aaaaaaaah, Oui.

Un tantinet excédée, je me tourne vers mes amis français et apprend qu'un livre français du code la route israélien a toujours existé. "Mais alors, tou-jours&quot;. Je l'achète, le brandit fièrement au bureau pour leur prouver leur incompétence et fière de ce petit pas, me décide à le lire.

Horreur. Le code de la route, c'est la pire chose qui a été inventée pour te dégoûter de la lecture à jamais. Quand en plus c'est une mauvaise traduction de l'hébreu, tu as juste envie de renouveler ton inscription pour dix ans sur le super groupe Facebook et de prendre une carte de bus à vie. Mais j'ai repensé à mes 1400
euros et me suis accrochée. Longtemps. Très longtemps. Plusieurs mois à définir la chaussée, la plateforme construite de séparation, le système EGB et à tourner mon livre dans tous les sens avant de comprendre que la priorité, c'est de toute façon toujours pour la personne qui vient à ta droite.

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Premier cours de conduite. Le prof n'est pas du tout gentil comme promis et passe son temps à me faire partager ses idées sur les français qu'ils détestent, sur la hausse de l'immobilier à cause d'eux, sur Sarko, Carla Bruni….Un peu lassée, j'essaie de lui expliquer que nous avons élu un nouveau président depuis. Mais c'est là qu'il a entamé le chapitre "la gauche est amie des arabes et déteste les juifs". Pour reprendre de nouveau sur les français et Carla.

Je décide donc de changer de prof. Retourne au bureau, rerâle, leur rappelle leurs ratages du débuts et obtiens un nouvel enseignant. Lequel est fantastique mais est très souvent malade. À force de m'arranger avec mon travail pour rien, je finis par rappeler le bureau et très fière, me rends compte que je n'ai maintenant aucun problème à hurler en hébreu.

J'arrive donc à une leçon avec mon troisième professeur, très gentil. Très gentil mais très mauvais. Je reprends donc mon téléphone…

Quatrième prof. Il semble parfait au début, et m'emmène sur l'autoroute. Mais je le sens très nerveux et du coup, ça m'angoisse. Je respire, monte à 100 km/heure. Loupe la sortie malencontreusement. Ledit professeur se met alors à crier et prise de panique, je fais pareil, toujours à 100km/heures sur l'autoroute. Il crie, je crie, il crie alors de plus belle pour se faire entendre et en réaction, je crie encore plus fort. Vol au dessus d'un nid de coucou, ce n’est rien à côté de ces cinq minutes d'hystérie partagée.

Excédée, je rentre chez moi et me jure de passer le code avant de passer au bureau demander un cinquième prof.
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Me voilà donc au centre d'examen. J'apprends que bien entendu, la promesse de gratuité était un simple mensonge pour me faire signer le papier, reste d'un calme olympien car comme le dit si bien mon copain J., si tu commences à t'énerver à chaque fois que tu te fais avoir en Israël, tu deviens "marteau".

Entre dans la salle et commence. Les questions sont simples pour la plupart mais parfois un peu bizarres. Il m'est notamment demandé quel type de véhicule peut conduire sur le trottoir :

a) n'importe quel véhicule
b) n'importe quel véhicule sans moteur
c) aucun véhicule
d) tout véhicule à condition de nettoyer le trottoir.

Je trouve la réponse d) très rigolote mais finit par choisir c), pensant que s'il suffisait de balayer pour avoir le droit de rouler sur le trottoir, ce serait trop simple. Erreur, grosse erreur.

La prochaine fois donc, j'emmène mon balais et ma pelle pour éviter les embouteillages. Mais ça, ce sera quand j'aurais mon permis. Passe ton permis d'abord, je vous l'avais bien dit…

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